Dans les coulisses d’Iberia



La plus grand compagnie espagnole a récemment invité des journalistes français à visiter ses installations : simulateur, tapis à bagages dernier cri, salon VIP. Plus que de présenter le « nouveau » terminal mis en activité il y a deux ans, il s’agissait surtout d’évoquer la délicate fusion avec British Airways, sur fond d’inquiétudes financières.


     


Récemment, securvol a été invité par la compagnie Iberia à visiter le terminal T4 de l'aéroport international de Madrid – Barajas. Securvol n’est pas habitué des séminaires et autres voyages de presse à but touristique mais cette invitation est intéressante pour découvrir les coulisses d’une compagnie aérienne. Petite interrogation : pourquoi Iberia organise-t-elle cette opération de relations publiques pour faire visiter un terminal qui, en réalité, est en fonction depuis deux ans ? La réponse, nous l’aurons au cours de cette journée.

Rendez vous à 6h30 à Orly pour un décollage une heure plus tard en compagnie d'une petite dizaine de journalistes représentants Que choisir, La Tribune, Le Figaro, du directeur France d4Iberia et du patron de l’Office du Tourisme espagnol. Les journalistes sont, comme sur tous les voyages de presse, choyés : le vol se fait en business class.

Arrivée à Madrid par beau temps et une température de 15 degrés. Il est à la pointe, le Terminal 4. Un gigantesque bâtiment verre - acier - béton de près de 800 mètres de long assorti de son "satellite", un autre paquebot échoué au milieu des avions. Au eux deux ils totalisent 760 000 m2, précise le dossier de presse. Même les Espagnols ont renoncé à compter combien cela représente de terrains de football ! Mais l'ensemble impressionne : une architecture moderne, beaucoup de couleurs et de vie à l'intérieur et à l'extérieur, un tapis d'aéronefs qui viennent s'immobiliser à nos pieds, comme pour venir nous chercher, nous. Plaisant.
Le long de la colonne vertébrale du T4, le spectre lumineux est décomposé du bleu foncé au jaune clair pour aider les quelques 35 millions de touristes annuels à se repérer parmi les 757 vols quotidiens à destination de l'international ou de l'espace Schenghen. Pas du luxe en somme, mais bien pensé. Secondés par la lumière du jour qui pénètre les hauts murs de verre, les couleurs claquent. Personne ne peut les manquer et personne ne peut plus se tromper : les portes d'embarquement sont cadencées au rythme des couleurs, du bleu au nord jusqu'au jaune clair au sud. Du coup, il paraît plus simple de trouver laquelle des 64 passerelles d'embarquement nous intéresse plutôt que de s'y retrouver parmi les 80 magasins et les 34 points bars et restaurants ! Sans parler des trois points V.I.P., avec salles de repos et fauteuils club confortables. L’aéroport de Roissy fait ici pâle figure avec son engorgement permanent et son extrême complexité pour s’y retrouver.

     


     


Impossible de perdre un bagage, sauf dans les rond-points !

Par contre, un tel flux touristique doit nécessiter une organisation et des moyens colossaux. L'équipe d'Iberia nous invite à visiter la zone de traitement des bagages. Pour commencer, la litanie des chiffres ahurissants : 94 km de tapis roulants capables de traiter 16 500 valises à l'heure ! D'entrée, le responsable du fret nous fait la démonstration qu'il est impossible de perdre un bagage, grâce à un système électronique réputé infaillible de traçabilité par code barres. Pourtant les journalistes retiennent autre chose. Tout autour, les employés s'activent, un peu trop, et la presse voit ce que chacun soupçonne : des gars arc-boutés pour réussir à faire tenir un maximum de bagages dans un minimum d'espace. A coup d'épaule, en tassant autant que possible, ils parviennent à fermer les petits wagons cabossés en partance vers les soutes des avions. Les journalistes ont vu les méthodes employées, les membres d'Iberia qui accompagnent le groupe de presse ont vu que les gratte-papiers ont vu et rappellent immédiatement à l'ordre le personnel technique : "arrêtez, il y a des journalistes !" De toute façon, la visite de la zone de traitement des bagages touche à sa fin, il est temps d'aller voir la zone de maintenance qu'exploite Iberia. Sur le chemin, dans le bus, nous croisons une valise, sur le dos, sur le bas côté, dans un rond point ! Impossible de perdre une valise, nous avait assuré le responsable une demie heure plus tôt ! On a du mal à croire que celle-ci est à sa place... Les journalistes s'en amusent mais le car ne ralentit pas. Impossible d'immortaliser l'instant.

L'étape suivante s'avère beaucoup plus ludique. nous allons visiter la zone de formation des pilotes. En point d'orgue, un petit tour dans un simulateur de vol. Parmi les journalistes, les pilotes privés piaffent tous pour passer derrière les commandes. Simulation : nous sommes dans un A 320 de nuit, par temps d'orage, avec des éclairs et des bourrasques de vents, un moteur en feu qu’il convient d’arrêter. Nous nous poserons finalement sains et saufs, sans sortir de la piste et sans casser le matériel !

     


     


Un A340 sur cales !

Mais il faut continuer la visite au pas de charge. Direction la zone de maintenance. Si le traitement des bagages ne nous laissera pas un souvenir impérissable, l'espace dédié à l'entretien des avions est impressionnant. Une succession de bâtiments aux dimensions dignes du T4. A l'intérieur, même un A340 paraît petit ! La zone de maintenance fonctionne se révèle être une plate-forme assurant la maintenance de plusieurs compagnies. Plusieurs sociétés viennent y faire réviser leurs appareils, notamment British Airways, actuellement an cours de fusion avec Iberia pour rapprocher les deux entités. Les hangars, comme l'ensemble de l'aéroport Madrid - Barajas, fonctionne 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. On y croise toutes sortes d'appareils, plus ou moins décortiqués - dont un sur cale ! - subissant petites et grandes visites techniques. On nous demande de ne pas photographier un avion en particulier, celui du roi d'Espagne. Secret défense, semble t-il. Difficile de résister…

Après plusieurs kilomètres de visites, les membres d'Iberia nous proposent de déjeuner. Il est 15h. Le repas est organisé dans le musée, où des mannequins rappellent toutes les tenues que stewards et hôtesses ont arboré au fil des décennies et où des œuvres d’art n’ont d’égale que la qualité des mets et des vins. Là, entre en scène le directeur commercial d'Iberia, Manuel Lopez Colmenarejo. L’homme nous fait une conférence de presse expliquant longuement que les tractations entre Iberia et British Airways requièrent encore du temps car la crise financière a compliqué les choses. Au début de l'année 2008, British Airways était beaucoup plus cotée qu'Iberia. Mais au début de l'automne, c'est du 50 - 50 ! Tout est bouleversé. Le déficit du fonds de pension de près de 2 milliards d'euros de la compagnie britannique «constitue un gros risque financier». L'un des points d’achoppement demeure ce fameux déficit à hauteur de 1,9 milliard d'euros du fonds de pension de la compagnie britannique. Cette dette provoque des sueurs froides à la direction espagnole et elle choisit de les relayer dans la presse, via ce voyage. Dès le lendemain, les quotidiens économiques feront état de cette vive inquiétude. L’affaire peut paraître mal engagée : cette question du fonds de pension risque de faire traîner les discussions courant 2009.

Mais il est déjà temps pour les journalistes français de reprendre l'avion à destination de Paris, toujours en classe business. L'équipe d'Iberia reste à Madrid. A notre tour de réaliser un test grandeur nature du Terminal 4 de Barajas. Tous reconnaissent combien le spectre lumineux est pratique pour se situer. Aucun des journalistes ne s'est perdu ! Il faut dire que la profession a la réputation d’avoir l’instinct grégaire…

Texte : François Nénin
Photos : Olivier Guérin